Marine Le Pen n’a pas encore gagné son pari

Pour disloquer l’UMP et en faire orbiter quelques morceaux autour du FN, l’héritière ne devra pas se contenter de la défaite, relativement courte, de Nicolas Sarkozy

Pour Marine Le Pen, le scénario qui s’est écrit hier soir, dimanche 6 mai, n’est pas le meilleur. Certes, Nicolas Sarkozy a été battu, mais l’horizon n’est pas pour autant dégagé à droite pour le FN.

La victoire de François Hollande s’avère nette mais pas triomphale… Légèrement en deçà des dernières enquêtes d’opinion publiées avant le second tour, le résultat ne traduit pas un rejet franc et massif de la présidence Sarkozy. Il se place d’ailleurs bien loin des fantaisistes (après coup bien sûr) sondages de cet automne, plaçant le candidat socialiste autour des 60 %.

Bref, la droite, UMP en tête, est KO. Mais KO debout. Certes, la carte électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 comporte de nombreux trous, son électorat s’est « périphérisé » alors que de très nombreuses villes ont glissé à gauche (Lyon, Villefranche-sur-Saône, Valence mais également Marseille, Avignon, Nîmes…), mais il tient bon, affiche une certaine cohérence loin de l’atomisation qu’on a pu constater en 1988 ou 1997. La débandade n’a pas atteint les rangs des militants UMP, malgré la perplexité affichée en privée par certains cadres, et même si cela a largement tenu de la méthode Coué.

Il semble donc que Marine Le Pen devra encore attendre pour la concrétisation de sa stratégie de satellisation après dislocation de l’UMP. Les législatives qui se profilent ne devraient pas être de tout repos pour le FN. C’est l’un des effets du quinquennat et de l’inversion du calendrier : les législatives suivant une présidentielle ont tendance à bipolariser les rapports de force. L’aspect « 3e et 4e tour » de ce scrutin démobilise une partie de l’électorat, ce qui raréfie les triangulaires meurtrières pour la droite. Si l’on suit l’histoire électorale du FN, ces dernières se sont surtout produites en 1993 et 1997, années d’élections législatives découplées de la présidentielle. En revanche, l’affaissement de la droite dans certaines circonscriptions (la 1ere de l’Ardèche par exemple) pourrait provoquer quelques duels PS-FN, soit une configuration peu favorable à l’extrême-droite.

Pour s’imposer comme arbitre de ces législatives, Marine Le Pen devra faire autre chose qu’attendre que l’hirondelle UMP lui tombe rôtie dans la bouche. Dès dimanche soir, elle a débuté les grandes manœuvres, en insistant notamment sur le label sous lequel se présenteront ses candidats, le Rassemblement Bleu Marine. Il incorporera des candidats « indépendants » comme Gilbert Collard ou du micro-parti de Paul-Marie Coûteaux.

Pas de quoi faire trembler l’UMP, mais le grand parti de droite devra cependant tenir ses troupes dans cette guerre des nerfs. Les appels du pied et autres danses du ventre devraient se multiplier pour grappiller quelques désistements ici ou là. Le tout sera de savoir quelle sera l’ampleur du phénomène.

Emmanuel SAINT-BONNET

Hollande 2e dans la Drôme: pas que la faute à Mélenchon

A la surprise de certains observateurs locaux et régionaux, François Hollande n’a pas percé au premier tour dans la Drôme. Certes, Jean-Luc Mélenchon, avec ses 12,1 %, a mordu sur son électorat, mais d’autres facteurs sont à prendre en compte

La dernière fois qu’un candidat socialiste est arrivé en tête du premier tour d’une présidentielle, dans la Drôme, c’était en 1995. Lionel Jospin avait été battu par Jacques Chirac au second tour, mais le PS avait alors obtenu dans ce département à peu près le même score qu’au niveau national. Les consultations présidentielles suivantes devaient consacrer la domination des droites sur cette terre laïque, de tradition de gauche.

Des permanences historiques qui laissaient un sérieux espoir au PS de reprendre la main le 22 avril. Or, si Nicolas Sarkozy voit fuir, par rapport à 2007 près de 11 000 électeurs, s’affaissant de près de quatre points, de 29,9 à 26,1 % des exprimés, François Hollande ne grappille qu’un peu plus de 2500 bulletins à Ségolène Royal, faisant passer le PS de 24,2 à 25,1 %. Presque une stagnation, alors que les socialistes drômois s’attendaient à une réelle progression. Alors aussi que Marine Le Pen, avec 21 %, et Jean-Luc Mélenchon, qui affiche 12,1 %, dépassent leur niveau national. En clair, la Drôme, concernant le quatuor de tête, semble davantage pencher que le reste du pays vers le vote « protestataire ».

Ce résultat, qui a surpris de nombreux observateurs régionaux et locaux, tire son origine de mécanismes électoraux en œuvre depuis de nombreuses années, voire même quelques décennies.

La bonne résistance de Sarkozy dans les villes

La carte des résultats de Nicolas Sarkozy dans les cantons et les principales villes de la Drôme explique pour une bonne part sa première position. La droite parlementaire demeure implantée dans les secteurs les plus peuplés, autour des pôles urbains de Valence-Romans et Montélimar-Pierrelatte. Le président de la République trouve ses meilleurs scores aussi bien dans le nord (29,6 % à Tain-l’Hermitage) que dans le sud (28,3 % à Saint-Paul-Trois-Châteaux). Il atteint son maximum dans le canton de Valence I (32,2 %), mais il est distancé par François Hollande dans la ville-préfecture, qui affiche un fort clivage est-ouest (34 % pour le PS dans le canton IV).

Même si l’érosion de la droite est aussi patente dans ce secteur, où elle dépassait régulièrement les 30 % en 2007, elle parvient à s’y maintenir (-0,1 point en cinq ans pour Nicolas Sarkozy à Grignan). A Montélimar, ancien fief radical et socialiste, qui vote régulièrement à droite aux présidentielles depuis 1995, elle parvient encore à arriver en tête.

Le glissement à gauche des zones urbaines, constaté au niveau national, ainsi que dans des villes plus au sud et plus à droite, comme Avignon ou Nîmes, ne semble pas avoir fonctionné à plein dans la Drôme. Certes la première place de François Hollande à Bourg-lès-Valence n’est pas une surprise. A Romans-sur-Isère non plus. A Valence, elle est en grande partie due au poids démographique des quartiers populaires, où François Hollande a globalement retrouvé l’électorat de Ségolène Royal.

Hollande glisse vers le nord-ouest

La carte des votes Hollande révèle une géographie électorale davantage rurale. Sa diffusion autour de la vallée de la Drôme est d’ailleurs assez frappante, et illustre des permanences anciennes (protestantisme, pauvreté des milieux paysans au XIXe siècle…). En nombre de cantons, le poids du PS soutient la comparaison avec celui de l’UMP, en nombre d’électeurs c’est une autre histoire

La légère progression en voix du PS n’est pas due à une meilleure implantation mais à un glissement vers le nord-ouest. Sur l’ensemble de la ville de Valence, François Hollande dépasse les 30,5 % (28,6 % pour Ségolène Royal en 2007). Il obtient son meilleur résultat à Luc-en-Diois, avec 31 %, mais c’est 3,6 points de moins qu’en 2007. Mis à part La Motte-Chalancon, le PS recule dans tous les cantons ruraux à l’est et au sud de Crest. Son électorat, plus nombreux qu’en 2007 dans le Valentinois et le Crestois, s’est légèrement urbanisé.

Les mutations du vote Le Pen

La force politique ayant connu la progression la plus fulgurante demeure le FN. Marine Le Pen améliore de très exactement neuf points le résultat de son père en 2007. Mini 21 avril 2002 dans l’impact (quoique…), c’est un maxi 21 avril dans les urnes : 0,2 point et surtout près de 14 000 bulletins de plus.

Sur la carte des votes Le Pen, la géographie électorale demeure relativement « classique ». Elle se concentre dans la vallée du Rhône, de Pierrelatte à Saint-Vallier, avec un « trou d’air » au niveau de l’agglomération valentinoise, et dans le nord du département. C’est globalement une implantation de « première strate » du lepénisme, déjà présente en 1988, suivant les bastions ouvriers et populaires, encore assez urbanisés, et à la population étrangère visible.

Une implantation qui a relativement peu essaimé. Par rapport à 2002 et 2007, elle a tendance à avancer vers l’arrière-pays le plus lointain (Séderon, Rémuzat…) ou les collines du nord (première place de Marine Le Pen au Grand-Serre, avec 27,8 % des exprimés).  Les mutations de cet électorat se sont surtout produites à l’intérieure de cette zone de force, située à l’ouest d’une ligne Romans – Saint-Paul-Trois-Châteaux. Elles ont constitué en une migration des centres-villes vers les campagnes et les secteurs périurbains. Ainsi, à Romans-sur-Isère, depuis 2002, le FN a perdu 4,4 points. A Valence, la chute est de 2,2, à Montélimar de 2 points, à Pierrelatte de 1,1 point… A noter que cette érosion (qui cache une légère progression en nombre de voix) est de moins en moins importante à mesure qu’on descend dans les strates urbaines.

Pour résumer, le vote FN s’est périphérisé dans sa propre zone d’influence. Sur notre carte, cela se traduit par des tons plus clairs sur les emplacements des villes.

Mélenchon ressuscite le communisme rural

La géographie électorale de Jean-Luc Mélenchon explique en partie la contre-performance du PS. Elle s’appuie également sur la vallée de la Drôme, et rencontre ses meilleurs succès dans les cantons où justement le PS a baissé depuis 2007.

L’implantation du Front de Gauche irradie depuis le Diois vers l’arrière-pays provençal. La coupure avec la vallée du Rhône apparaît très nettement.

Les éléments de comparaison sont plus difficiles à trouver, le Front de Gauche n’existant pas en tant que tel en 2007. On peut s’appuyer sur les résultats des Européennes de 2009, qui demeurent le premier scrutin national où était présente cette force politique.

Par rapport à 2009, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon s’est ruralisé. Il y a trois ans, il s’appuyait davantage sur les fiefs récents du PCF. Le Diois, certes, mais également le canton de Portes-lès-Valence. Il était également assez présent dans les zones ouvrières du nord du département (Le Grand-Serre, Saint-Vallier). En 2012, il s’est complètement périphérisé, et ressemble à une réminiscence de la géographie électorale du communisme drômois d’avant 1981. Jean-Luc Mélenchon atteint son maximum (22,9 %) à Die. Il dépasse les 19 % dans toute la vallée de la Drôme et à Bourdeaux et La Chapelle-en-Vercors. Lors des législatives de novembre 1946, le PCF dépassait les 30 % des inscrits à Bourdeaux, Châtillon-en-Diois, et Die. Il oscillait entre 25 et 30 % Luc-en-Diois et Saillans, et se situait dans la fourchette des 20-25 % à La Chapelle-en-Vercors et La Motte-Chalancon. En 1958, Bourdeaux et Châtillon résistent, en 1981 toute la vallée de la Drôme affiche des scores supérieurs à la moyenne nationale.

En mordant sur les Baronnies, où le PCF était également très fort en 1946, Jean-Luc Mélenchon réactive en partie le communisme drômois de l’après-guerre, dans des territoires passés depuis au PS, voire-même à droite. Il ne pouvait pas le faire sans affaiblir le PS.

Alors, la faute à Mélenchon la deuxième place de Hollande dans la Drôme ? Oui en grande partie, mais n’oublions pas la tendance de fond encore favorable à la droite, dans un département où le total droite – extrême-droite dépasse de deux points son niveau national. Depuis au moins deux présidentielles, la gauche semble de plus en plus cantonnée dans un arrière-pays rural, comme une amorce encore hypothétique de « varisation », ou tout au moins de « gardisation ».

Emmanuel SAINT-BONNET

Sarkozy seul ne pourra pas faire trébucher Hollande

A un peu plus d’une semaine du 1er tour de la présidentielle, malgré des sondages toujours défavorables, Nicolas Sarkozy n’a pas encore perdu. Mais un éventuel renversement de vapeur ne dépendra pas que de sa seule candidature

A un peu plus d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, les derniers sondages laissent peu de place à une surprise. Nicolas Sarkozy (UMP) et François Hollande (PS) devraient se qualifier pour le second tour. Assez loin derrière (entre 10 et 16 points selon les enquêtes), Marine Le Pen (FN) et Jean-Luc Mélenchon (FG) se disputent la troisième marche du podium, tandis que François Bayrou (MoDem) semble avoir décroché, un peu en deçà de la marge d’erreur.

Bref pas de quoi, a priori, ménager un grand suspense pour ce 22 avril, les seuls enjeux portant sur les première et troisième place. Quant au second tour, même s’il est toujours hasardeux d’en parler avant que le premier n’ait eu lieu, il demeure favorable au candidat socialiste, avec un écart variant de 6 à 12 points sur le président sortant.

L’unique fenêtre de possible victoire, pour Nicolas Sarkozy, reste une arrivée en tête au premier tour afin de créer une dynamique nouvelle entre le 22 avril et le 7 mai. Mais sera-t-elle suffisante pour renverser la vapeur ?

L’ordre d’arrivée pourrait être décisif, tout comme les écarts entre les cinq « grands » candidats. Car derrière cette apparente cristallisation et cette relative stabilité se dissimule une volatilité inédite : 52 % de l’électorat sondé a, depuis le début de la campagne, changé soit d’intention de vote pour un candidat, soit d’avis entre la participation et l’abstention, selon une étude d’Ipsos-Logica pour le Cevipof, la Fondapol, la Fondation Jean-Jaurès et Le Monde, qui en rapporte les résultats dans son édition Internet du 6 avril dernier.

Plusieurs scenarii se dessinent dans ce contexte.

Le PS et l’UMP autour des 50 %

Sur les treize dernières enquêtes d’opinion rapportées par le site Sondages en France, dix donnent Nicolas Sarkozy en tête au premier tour. Dans cette hypothèse, le socle sera décisif. Le président de la République atteindra-t-il les 30 % ? Seul l’institut CSA le place à ce niveau, fin mars et début avril. S’il parvient à ce résultat, il ne sera pas loin de son socle de 2007 : 31,2 %. En exprimés, car l’abstention attendue ne lui laisse qu’un très mince espoir d’attirer, comme il y a cinq ans, près de 11,5 millions d’électeurs.

A 30 % et plus, l’impact psychologique sera déterminant. Le chiffre 3 en tête de score apporte un avantage incontestable à celui qui l’obtient au premier tour. Surtout, cela laissera supposer que le crédit de Nicolas Sarkozy demeure intact, ou presque, et changerait la donne du second tour.

L’hypothèse du « vote caché pour Sarkozy » semble peu crédible, selon Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA, qui estime que « les sondeurs l’auraient vu et le redresseraient en conséquence » (Marianne du 31 mars).

Pour François Hollande, s’il arrive second, l’écart s’avérera décisif. A moins de deux point derrière Nicolas Sarkozy, et à condition que ce dernier n’approche pas trop près de son niveau de 2007, le scénario de second tour écrit depuis des mois par les sondages n’aurait pas trop de mal à se réaliser.

Dans ce contexte, la surprise serait une première position du socialiste, avec un écart de plus de deux points, voire-même 30 % des exprimés. Les dernières vagues placent François Hollande entre 26 et 29 %, pas si loin donc et surtout au-dessus du niveau de Ségolène Royal en 2007 (25,9 %). L’écart s’annonce par conséquent serré. Mais une nette avance de François Hollande, autour des 30 %, refléterait un réel rejet de l’opinion envers le président sortant, et « plierait » d’autant le second tour en faveur du candidat du PS.

A moins que… les deux candidats de tête, représentant les deux plus grands partis de France, n’attirent pas à eux deux la moitié des participants. Dans les dernières vagues sondagières, la somme de leurs estimations respectives oscille entre 54 et 59 %. On n’est donc pas complètement à l’abri d’un duo minoritaire, 25 et 23 % par exemple. L’autonomisation d’un centre dont le candidat joue la carte du candidat « contestataire intégré » rend cette hypothèse tout à fait possible et raisonnablement probable.

Après le père sous-estimé, la fille surestimée ?

Sans toutefois ressortir du placard l’épouvantail du 21 avril 2002, ce scénario braquerait les projecteurs vers le trio se disputant la troisième place.

Après avoir approché cet hiver Nicolas Sarkozy, dans la marge d’erreur (21 % pour 23 % pour le président sortant), Marine Le Pen se situe désormais dans la tranche des 13-17 %. Pour l’héritière du FN, cette première élection constitue un véritable baptême du feu. L’enjeu, alors que la parole sur le vote FN semble s’être libérée, sera de savoir si, à l’instar de son père, les estimations la concernant sont sous-estimées. Ou bien si, au contraire, la fin d’un certain « vote FN honteux » a provoqué trop de redressements de la part des sondeurs, qui du coup surestiment le phénomène.

Deux données devront être prises en compte par Marine Le Pen : l’écart entre de résultat avec les enquêtes d’opinion, et l’écart en pourcentages avec le score de 2002 de Jean-Marie Le Pen (16,9 %). Un niveau supérieur à 17 %, couplé à un faible écart avec Nicolas Sarkozy, la placerait en bonne position pour participer à une éventuelle recomposition de la droite. Mais un score plus faible renverrait le FN à son éternel statut de « vote inutile », d’autant plus que les législatives suivant immédiatement la présidentielle n’ont jamais été favorables aux force protestataires.

Mais il y a un autre péril dont devra se garder la candidate du FN : Jean-Luc Mélenchon. Longtemps scotché à 6 % d’intentions de vote, le candidat du Front de Gauche a presque multiplié par deux et demi ce chiffre depuis le début de l’année. Il se place désormais entre 12 et 15 %, et CSA, Ipsos, et LH 2 l’estiment devant Marine Le Pen. Dans la plupart des cas, la marge d’erreur est présente.

Une troisième place de Jean-Luc Mélenchon serait problématique pour François Hollande, mais pas dramatique. Certes, un gauchissement de son discours, consécutif à un FG fort, ferait fuir la frange des électeurs de François Bayrou disposée à voter pour lui. Selon l’enquête LH2 menée les 30 et 31 mars, et estimant le candidat du MoDem à 12 %, 44 % des électeurs de Bayrou se reporteraient sur François Hollande contre 32 % sur Nicolas Sarkozy et 24 % d’abstentionnistes. Le 17 mars, ils étaient 47, 14 et 39 %. Le candidat centriste était alors à 12,5 %.

Il est difficile de tirer des conclusions de telles données, mais l’érosion de François Bayrou pourrait révéler un noyau dur typiquement centriste, moins bien disposé vis-à-vis de la gauche. Une vague Mélenchon avec un Bayrou faible aurait peu d’impact sur les reports vers François Hollande. En revanche, un gauchissement du discours du PS entre les deux tours avec un centre fort aurait pour effet de geler davantage de suffrages bayrouistes en faveur de Nicolas Sarkozy. Et encore, la tendance semble plutôt indiquer une augmentation de l’abstention.

Quant à l’hypothèse d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui se réfugieraient en masse dans l’abstention après des négociations d’entre-deux-tours difficiles, elle semble peu résistante face au rejet de la politique du président sortant qui caractérise cet électorat. Dans la même enquête LH2 citée plus haut, qui elle aussi place Mélenchon à un haut niveau (15 %), les électeurs du FG se reportent à 85 % sur François Hollande et choisissent à 9 % l’abstention. Dans la précédente vague, datant du 17 mars, Hollande est à 89 % et l’abstention 7 % ce qui, compte tenu de la marge d’erreur, tient davantage de la stagnation qu’autre chose.

Pour Nicolas Sarkozy, la seule fenêtre de tir ouverte par une arrivée en tête au premier tour ne suffira pas. Il lui faudra, pour au moins faire trébucher François Hollande, creuser suffisamment l’écart avec ce dernier, et également une percée mélenchoniste, ainsi qu’un électorat Bayrou le moins résiduel possible. Une équation qui dépend de trop de facteurs extérieurs à sa candidature pour être totalement maîtrisée.

Emmanuel SAINT-BONNET

Une couronne brune à 40 km de la colline de Fourvière?

Selon une étude de l’Ifop, il faut s’attendre le 22 avril à un survote pour Marine Le Pen dans les zones périurbaines, à environ 40 km des centres-villes. Etat des lieux dans le Rhône à un peu plus d’un mois du scrutin

Faut-il s’attendre à un « survote » en faveur de Marine Le Pen dans les zones périurbaines ? Selon l’institut de sondages Ifop, cité le 28 février par lemonde.fr, le vote FN pourrait connaître un pic dans sa géographie électorale à environ 40 km des centres-villes.

Capture lemonde.fr

Le phénomène n’est pas nouveau. Il a débuté à la présidentielle de 1995, à l’étonnement d’ailleurs de nombres d’observateurs, surpris par la percée de Jean-Marie Le Pen dans des communes rurales…

Il n’est pas non plus totalement inattendu. Les communes périurbaines sont souvent peuplées de classes moyennes, attirées par un foncier plus abordable qu’en centre-ville. Mais les emplois demeurant en zone urbaine et en première couronne, ces périurbains sont davantage dépendants des transports, et donc leur pouvoir d’achat des fluctuations des cours de l’énergie. Une fragilité qui s’accroît pour ceux qui doivent se chauffer au fuel en maison individuelle…

Bref, pour certains, le rêve d’acheter à bon prix à la campagne peut se transformer en cauchemar, mêlant « éloignement choisi et relégation subie », analyse Michel Bussi, spécialiste de la carte électorale française à l’université de Rouen, cité par lemonde.fr.

Avec, en résultat des courses, un vote de contestation contre le gouvernement sortant, qui profitera à François Hollande, mais plus largement de protestation, qui cette fois ira vers Marine Le Pen ?

Dans le Rhône suffit-il pour le savoir de tracer une couronne brune sur une carte, à l’aide d’un compas, à 40 km de la colline de Fourvière ?

Jean-Marie Le Pen a obtenu dans le département en 2007 9,1 % des suffrages exprimés, pour un résultat national de 10,4 %. A Lyon, il pointe à 6,5 %. La préfecture vote habituellement moins Le Pen que le reste du département : 16 % contre 19,1 % en 1995, 15,1 % contre 19,3 % en 2002.

Jean-Marie Le Pen, 1er tour 2007, par commune, en % des s.e. (carte atlaspol.com, fond de carte geoatlas.com, reproduction interdite)

Sur la carte ci-dessus des résultats du FN en 2007 à l’échelon communal, Jean-Marie Le Pen subit un véritable trou d’air à Lyon et dans la petite couronne. Il se requinque plus rapidement dans une banlieue est et sud davantage populaire et ouvrière qu’à l’ouest. Pour trouver des scores FN supérieures à 14 %, il faut aller jusqu’à la pointe du canton de Vaugneray, à l’ouest, et aux portes de celui d’Anse, au nord.

Dans cette dernière direction, la barre des 40 km se situe au nord de Villefranche-sur-Saône. C’est dans ce secteur que se trouvent le plus grand nombre de communes ayant le plus voté FN.

Typologie rural/urbain (capture geoclip.fr)

Cette géographie électorale coïncide de façon assez convaincante avec la carte ci-dessus de la typologie urbain-rural, dressée en 2010 par l’Insee. Cette forte concentration de votes FN, au nord du département, débute à peu près au même endroit que la couronne périurbaine du Grand Lyon. Elle se poursuit bien au-delà, jusque dans les communes encore très rurales composant le canton de Monsols. A noter que l’influence du FN décroît dans la pointe nord-est (est des cantons de Monsols et Beaujeu), davantage polarisée par l’agglomération de Mâcon.

La situation sur le flanc ouest s’avère tout aussi intéressante. Autour de l’agglomération de Tarare, qui constitue un pôle secondaire distinct du Grand Lyon, le FN oscille entre 8 et 14 % des exprimés, quelques communes dépassant cette barre. Mais, au nord d’Amplepuis, dans ce petit pôle du grand périurbain, situé entre le Grand Lyon et l’agglomération de Roanne, les suffrages en faveur du FN repartent à la hausse.

Cela valide-t-il pour autant le diagnostic de l’Ifop ? La comparaison avec la carte de l’Insee révèle des fractures spatiales, aussi bien d’ailleurs au plan des stocks (situation géographique) que des flux (transports). Les zones les plus éloignées du pôle urbain principal, ou écartelées entre deux agglomérations, semblent davantage attirées par le vote FN. Ce dernier a tendance à s’atténuer dans les secteurs davantage rééquilibrés, en termes d’emplois et de services notamment, par une agglomération secondaire.

Cependant, l’éloignement, le coût des transports et le manque de services publics ou privés (zones commerciales) n’expliquent pas tout. La carte du premier tour de la présidentielle de 2007 reflète des tendances antérieures à la périurbanisation des communes les plus éloignées de Lyon.

Tout d’abord, le FN conserve de beaux restes dans la banlieue la plus proche, notamment l’est du canton de Meyzieu et le sud de celui de Givors, à l’entrée du couloir de la chimie. Décines-Charpieu, Givors, Meyzieu, Vaulx-en-Velin, où Jean-Marie Le Pen dépassait les 20 % en 1995 ont vu le FN décliner, la percée s’est un peu éloignée du centre de l’agglomération au fil des mutations sociologiques et de la hausse du foncier, mais il subsiste comme un bruit de fond dans cette banlieue est. A l’ouest, où une ville comme Tassin-la-Demi-Lune se situait en 1995 sous la moyenne départementale du FN, le vote Le Pen demeure bas.

Le trou d’air du FN, évoqué plus haut, est donc excentré vers l’ouest, ce qui n’est pas du tout le cas de l’agglomération lyonnaise, qui s’étale de manière assez homogène autour de la capitale des Gaules, comme le montre la carte de l’Insee.

De plus, les scores importants du FN dans le Beaujolais et le Tararois ne constituent pas un phénomène récent. En 1995, Jean-Marie Le Pen atteignait, en tête, les 25 % à Villefranche-sur-Saône et les 19,8 % à Tarare, en troisième position. La géographie électorale du FN s’est cependant ruralisée, à l’instar de ce qui se passe au sud du département, puisqu’en 2007, il n’était plus en tête à Villefranche, à un niveau inférieur des campagnes situées plus au nord.

Nicolas Sarkozy, 1er tour de 2007, par commune, en % des s.e. (carte atlaspol.com, fond de carte geoatlas.fr, reproduction interdite)

L’analyse ne serait pas complète sans les cartes des votes Sarkozy (ci-dessus) et Royal (ci-dessous) au premier tour de 2007.

Ségolène Royal, 1er tour de 2007, par commune, en % des s.e. (carte atlaspol.com, fond de carte geoatlas.fr, reproduction interdite)

Le premier, concurrencé par François Bayrou dans les zones les plus rurales, dépasse surtout les 40 % dans le Mont d’Or, mais également en banlieue est. La géographie de la seconde s’avère définitivement urbaine, dans les communes les plus peuplées et certains chefs-lieux de canton intermédiaires.

Si l’étude de l’Ifop se confirme le 22 avril, les votes Hollande devraient se distribuer à peu près de la même manière que ceux de Ségolène Royal. Ceux pour Marine Le Pen pourraient s’éloigner un peu plus des centres-villes pour s’enraciner davantage dans les communes plus lointaines. Les votes Sarkozy seraient situés un peu plus loin dans la couronne périurbaine mais décliner davantage dans les communes les plus rurales (Tararois, canton de Monsols).

Tout ceci, bien entendu, sans tenir compte d’une infinité d’autres facteurs, et pas seulement les particularismes et permanences à l’échelon local…

Emmanuel SAINT-BONNET

Quel sera le 6 mai en Rhône-Alpes?

A moins de trois mois du second tour, retour sur la géographie électorale de la région lors des présidentielles des trente dernières années… dans l’hypothèse, bien sûr, d’un duel classique droite-gauche

La construction de l’offre électorale de la prochaine présidentielle entre dans sa dernière ligne droite et les derniers sondages laissent supposer qu’on s’avance plutôt vers un second tour classique droite-gauche.

Ce qui ne veut pas dire, dans cette hypothèse, que la géographie électorale du 6 mai 2012 ne réservera pas quelques surprises.

La région Rhône-Alpes, justement, est située sur cette fameuse façade est, théâtre en 2007 du « siphonnage » des suffrages frontistes par Nicolas Sarkozy. Comment votera-t-elle cette fois-ci?

 

1981: au commencement était le Dauphiné rose

François Mitterrand, 2e tour 1981

C’est l’Isère, la Drôme, et dans une moindre mesure la Loire, qui tirent vers le haut les résultats de François Mitterrand en 1981. Les permanences historiques sont en place: le Dauphiné républicain et socialiste, ainsi que les vieux bassins industriels, rosissent. Sa courte majorité dans le Rhône démontre que le candidat socialiste a rassemblé au delà de son camp. Cependant, les vieilles terres radicales, notamment l’Ain, restent en partie giscardiennes. Sans surprise, la Haute-Savoie reste ancrée à droite. Ardèche et Savoie deviennent modérément socialistes.

 

1988: la limite sud-est – nord-ouest

François Mitterrand, 2e tour 1988

La victoire de François Mitterrand de 1988 est amplifiée, au niveau national, par rapport à celle de 1981. Mais en Rhône-Alpes, le paysage s’avère davantage contrasté. Seul l’Isère affiche une moyenne supérieure au score national. La droite, de son côté, l’emporte dans trois départements au lieu de deux en 1981. Le Rhône repasse à droite, les reports de Raymond Barre sur Jacques Chirac n’y étant pas étrangers. Globalement, le candidat du RPR résiste davantage au nord d’une ligne Chambéry-Roanne.

 

1995: l’émergence d’un nord chiraquien

Jacques Chirac, 2e tour de 1995

La « ligne de démarcation » se déplace vers le nord en 1995. Cependant, la région confirme un attachement plus important à la droite. Cette ligne sépare plutôt les départements ayant voté Chirac bien au delà de la moyenne nationale des autres. Davantage que le plus fort ancrage du Rhône à droite, c’est le revirement de la Loire qui est le plus spectaculaire. Il s’explique en partie par des bons reports de Jean-Marie Le Pen, qui était arrivé en tête au premier tour dans ce département.

 

2007: une géographie électorale presque « capillaire »

Nicolas Sarkozy, 2e tour de 2007

En 2007, Rhône-Alpes choisit Nicolas Sarkozy. La droite se renforce globalement. Elle devient pour la première fois majoritaire en Isère, reste stable en Ardèche et s’érode un peu dans la Loire et le Rhône, Lyon s’avérant moins sarkozyste qu’elle n’était chiraquienne (53,1 % au second tour contre 59,3 % en 1995 et même 55 % en 1988).

Géographiquement, les votes UMP semblent pénétrer la région par capillarité, depuis ses places fortes de la Haute-Savoie et de l’Ain, où Nicolas Sarkozy dépasse les 60 %. Le Rhône et la Savoie constituent l’avant-garde de cette lame de fond, qui vient se briser sur un rocher isérois modérément sarkozyste. Dans la Loire, et la Drôme où la droite a gagné près de dix points au second tour depuis 1981, Nicolas Sarkozy dépasse légèrement sa moyenne nationale. L’Ardèche est désormais le département le moins à droite de la région.

 

Le tropisme rhônalpin de droite à l’épreuve de la prochaine présidentielle

Ces quatre seconds tours confirment le tropisme de droite de la région. La droite a toujours été majoritaire dans au moins deux départements, la gauche est minoritaire dans tous en 2007, Lionel Jospin n’obtenant qu’une courte majorité en Isère en 1995.

Seuls deux départements n’ont jamais varié dans leur choix: l’Ain et la Haute-Savoie. Le glissement à droite de la Loire et de la Savoie est évident, celui de la Drôme est spectaculaire. La gauche iséroise résiste relativement bien, la droite du Rhône se maintient à un bon niveau malgré les doutes lyonnais. Quant à l’Ardèche, elle suit mais modérément les choix nationaux.

La capacité de Nicolas Sarkozy à conserver son socle, qui est légèrement différent, en Rhône-Alpes, de celui de Jacques Chirac, et à le mobiliser, se lira certainement sur la carte du 6 mai.

A gauche, il sera tout autant intéressant d’observer la diffusion d’une vague rose qui pourrait partir du Massif central, où la « Hollandie » supplante peu à peu la « Chiraquie ».

Qui tiendra la barre dans l’ancien fief de Barre?

L’annonce du retrait de Dominique Perben de la vie politique, lundi 9 janvier, a considérablement ouvert le jeu dans la 4e circonscription du Rhône, autrefois spécialement taillée pour Raymond Barre

Malgré les amicales pressions, qui lui enjoignaient de se présenter, pour les législatives, dans une circonscription plus « sûre », Najat Vallaud-Belkacem a tenu bon. Elle sera candidate dans son secteur, la 4e circonscription du Rhône, taillée autrefois sur mesure pour Raymond Barre, mais où se trouve « son » 3e arrondissement et « son » canton XIII (quartier de Montchat).

Les derniers évènements semblent lui donner raison. Le retrait du député (UMP) sortant Dominique Perben, annoncé lundi 9 janvier par le Progrès, éclaircit l’horizon de la 6e adjointe au maire de Lyon. Au lieu d’affronter une nouvelle fois ce vieux routier de la politique, qui l’avait battue en 2007 avec 56,6 % des exprimés, et une avance de 5507 voix, cette jeune socialiste de 34 ans, soutien en 2007 de Ségolène Royal, aujourd’hui membre de l’équipe de campagne de François Hollande, pourrait cette fois trouver sur sa route un(e) outsider.

Pierre Berat dégaine le premier

Le premier à avoir dégainé s’appelle Pierre Berat. Il a annoncé le jour même, sur son blog et sur Twitter, son intention de se présenter. Conseiller régional (UMP), âgé de 42 ans, il partage la même implantation que NVB, ayant été adjoint au maire du 3e arrondissement de 2001 à 2008, avant que cette mairie ne bascule à gauche.

Les instances de l’UMP auront le dernier mot, et l’offre électorale est loin d’être totalement définie dans cette circonscription, réputée la plus à droite de la capitale des Gaules. Mais il n’est pas trop tôt pour définir son profil électoral.

Résultats des élections législatives, en totaux des forces (% des suffrages exprimés) Source Le Monde

Le tableau ci-dessus indique les résultats du premier tour de toutes les législatives depuis la création de la circonscription. Si la droite accuse un net déclin, en 1997 et en 2007, la gauche demeure à peu près stable, autour de 30 % des suffrages exprimés. Le creux de 1993 correspond pour une bonne part au transfert d’une partie de ses suffrages vers les écologistes. Pour ce scrutin, ces derniers sont considérés comme ne faisant pas partie de la gauche, les deux principaux mouvements de l’époque, les Verts et GE, étant sur une ligne « ni droite ni gauche ». En 2007, le total des forces de gauche dépasse les 30 %, Najat Vallaud-Belkacem réunit son nom à peu près un quart des exprimés, comme Martine Roure en 1988 et le Vert Pierre Hémon, soutenu par le PS en 2002.

Quand Collomb siphonne les suffrages barristes

De son côté, le total des voix de droite voisinait les 70 % en 1988 et 1993, puis 65 % en 1997 et 2002, avant de chuter à 53,3 % en 2007. La faute principalement au MoDem. Nous avons isolé, en 2007, les 13,7 % obtenus par la conseillère régionale Anne-Sophie Condemine. Additionnés aux suffrages de Dominique Perben, et des candidats MPF et divers droite, ils placent la droite à peu près au même niveau qu’en 2002. Mais, au second tour, un grand nombre des électeurs MoDem se sont reportés sur la candidate socialiste. Cet électorat, qui contribuait à l’élection de Raymond Barre dès le premier tour en 1988 et 1993, semble de plus en plus attiré par le positionnement de centre-gauche de l’équipe de Gérard Collomb.

A moins d’une déferlante en faveur de Marine Le Pen à la présidentielle, confirmée lors des législatives, la probabilité d’une triangulaire avec le FN demeure très basse. Le niveau maximum du total des voix d’extrême-droite est enregistré en 1993, avec 17,1 %. Il n’a jamais atteint cet étiage depuis, ce qui contribue d’ailleurs à l’érosion générale de la droite. On est bien loin des 12,5 % des inscrits nécessaires à un maintien au second tour, dans cette circonscription où la participation plafonnait à 62 % en 2007.

Pronostiquer le résultat des législatives à partir de celui de la présidentielle peut d’ailleurs s’avérer risqué. En 2002, après les 16,1 % du total Le Pen -Mégret, les candidats d’extrême-droite ne réunissent plus que 11 %. En 2007, Le Pen tombe à 6 %, et Claude Gracien à 3,7 %. En 2002, la gauche non communiste éparpille ses 37,5 %, aux législatives ses candidats en rassemblent 29,2 %. Mais en 2007, elle obtient respectivement 30,1 et 31,3 %. Si NVB attire 11 437 suffrages là où Ségolène Royal en obtenait 15 121, en pourcentage des exprimés elle gagne 1,2 point. A droite, les candidats classiques réunissent 43,6 % à la présidentielle de 2002 mais 55,9 aux législatives. En 2007, ils font 41,8 et 49,6 %. Même s’il attire 3561 voix de moins que Nicolas Sarkozy quelques semaines auparavant, Dominique Perben fait 7,8 points de mieux.

Quelle force dominante en 2012?

Dans cette circonscription, si les scores des législatives ne constituent pas un décalque des présidentielles, les résultats de ces dernières y sont amplifiés. Phénomène classique en sciences politiques: à participation moindre, les forces politiques dominantes sont renforcées… D’où les gains de points de NVB et Dominique Perben sur Royal et Sarkozy, avec moins de suffrages…

Ce mécanisme semble en marche lorsque les législatives suivent les présidentielles (2002, 2007) et pénalise les forces contestataires (extrêmes droite et gauche) et contestataires « intégrées » (écologistes et centristes du MoDem).

L’enjeu, pour Najat Vallaud-Belkacem et son challenger, sera de figurer comme la force dominante, dans cette circonscription « légitimiste », dans le sens où elle favorise le mouvement le mieux implanté.

Et sur ce plan-là, si l’Histoire est du côté de la droite, la dynamique se porte de plus en plus vers la gauche.

La 4e circonscription du Rhône abrite le 6e arrondissement (cantons VI et VII), les parties du 3e situées dans les XIe et XIIIe cantons, et un morceau du 8e, composé de la majeure partie du canton XIV.

En 2007, la droite dominait la géographie électorale de la circonscription, avec le 6e arrondissement et ses deux cantons, ainsi que le XIIIe canton. Le PS ne détenait que le XIe canton, passé à gauche en 2004, et le XIVe canton depuis sa création en 2000. Les municipales et les cantonales de 2008 ont constitué une véritable bascule. Alors que Dominique Perben perdait assez sèchement, dès le premier tour, le 3e arrondissement, Najat Vallaud-Belkacem réussissait la reconquête du XIIIe canton, perdu par la gauche en 1998.

Le retrait de Dominique Perben améliore incontestablement sa visibilité, elle en fait la principale tête d’affiche de la circonscription. Le boulot n’est pas fait pour autant pour Najat Vallaud-Belkacem. Elle se doit de transformer l’essai de 2007, d’amplifier la vague de 2008. Un bon score de François Hollande à la présidentielle l’aiderait sans doute, notamment à passer les barres des 25 et des 30 % évoquées plus haut. L’impact notabiliaire d’une élue qui détient quelques leviers au sein de la municipalité lyonnaise reste à mesurer… Quant à l’UMP, elle a tout intérêt à se mettre d’accord sur une candidature qui ne l’enfermerait pas dans le réduit de droite du 6e arrondissement. A cet égard, le profil de Pierre Berat est intéressant.

La bataille devant déterminer qui tiendra la barre dans l’ancien fief de Barre s’annonce passionnante.

Emmanuel SAINT-BONNET

 

 

Rhône-Alpes n’existe pas

Selon une étude sur les communications par téléphone portable, la région s’apparente davantage à la juxtaposition des zones d’influences de quatre agglomérations: Lyon, Grenoble, Saint-Etienne et Valence

C’est sans doute la première carte de France des échanges virtuels. Elle a été dressée dans le cadre d’une étude menée par une équipe de chercheurs de l’université de Louvain (Belgique), du MIT (Massachusetts Institute of Technology) et d’Orange Labs, le laboratoire de l’opérateur de téléphonie mobile.

Présentée à Lyon les 12 et 13 décembre, lors du colloque « Réseaux sociaux: des structures à la politique », organisé par le CNRS, elle s’appuie sur le dépouillement de 1,5 milliards de communications (voix et SMS) entre 17 millions de clients, six mois durant en 2007 (Le Monde du 16 décembre). Et au grand étonnement des chercheurs, qui s’attendaient plutôt à voir les Français communiquer à l’intérieur de chaque département (pour ceux qui lisent l’anglais, synthèse ici) 85 % des échanges virtuels s’effectuent dans les limites des régions administratives.

Régions "téléphoniques mobiles" françaises (extrait de Paris Tech Review)

Mais la carte ci-dessus démontre que toute règle recèle des exceptions… Et la non moindre d’entre elles se situe en Rhône-Alpes, où émergent quatre zones: Lyonnais, Dauphiné-Savoie, Drôme-Ardèche et vallée de la Loire, cette dernière englobant le sud-est de l’Auvergne.

Des flux orientés par la carte scolaire et l’armature urbaine

Les échanges téléphoniques semblent souligner la topographie tourmentée de la région, coincée entre Alpes et Massif Central, traversée de vallées, de plaines et de plateaux. La division en deux académies, Lyon et Grenoble, joue sans doute un rôle, la carte scolaire orientant fortement les flux d’interactions entre individus, selon Zbigniew Smoreda, sociologue à l’Orange Labs cité par Le Monde.

Les communications suivent également les armatures urbaines. La carte ci-dessous, extraite du site de l’Insee, indique le zonage en aire urbaines (PDF téléchargeable ici). Par bien des aspects, elle est le décalque de la partie rhonalpine de la première carte.

Zonage en aires urbaines de la région Rhône-Alpes (extrait de l'Insee)

Un derby des ondes Lyon – Saint-Etienne

La zone lyonnaise correspond à peu près à l’aire urbaine du Grand Lyon. Elle englobe les agglomérations de Vienne, Mâcon, Bourg-en-Bresse et Oyonnax, jusque dans le département du Jura, mais reste peu avancée en Nord-Isère. Dans ce dernier secteur, qui abrite l’aéroport de Grenoble, porte d’entrée économique vers les stations de sports d’hiver, les flux sont encore tournés vers le sud.

Pour sa part, Grenoble communique avec les deux Savoies et la partie est du Bugey (Pays de Seyssel et Valromey), qui regarde davantage vers la rive savoyarde du Rhône. La zone Dauphiné-Savoie annexe également le canton drômois de Saint-Jean-en-Royans, plus proche de Saint-Marcellin que de Romans, ainsi que celui de La Grave, dans les Hautes-Alpes, constituant le fond de la vallée de la Romanche, qui arrose l’Oisans.

Assez cohérente, la zone Drôme-Ardèche déborde vers le sud. Fort logiquement, elle englobe l’enclave vauclusienne de Valréas, survivance de l’annexion des Etats pontificaux d’Avignon après la Révolution, mais aussi le canton de Bollène, tourné économiquement vers la centrale nucléaire du Tricastin. Elle est légèrement attaquée par les régions voisines sur ses marges les moins peuplées: le canton de Séderon, qui est davantage bas-alpin que drômois, et celui de Saint-Etienne-de-Lugdarès, le seul en Ardèche desservi par la ligne SNCF Montpellier – Clermont-Ferrand, et abritant des lotissements de l’agglomération lozérienne de Langogne.

Le derby Lyon – Saint-Etienne se joue également sur les ondes… La préfecture de la Loire attaque même le département du Rhône, sur le versant ouest du Beaujolais, davantage attiré par Roanne que par Lyon. Mais surtout, sa zone de communication s’étend sur une bonne partie de la Haute-Loire. On savait Yssingeaux tournée vers Saint-Etienne, mais on assiste en réalité à un véritable arrimage de l’aire urbaine du Puy à l’agglomération stéphanoise, jusque dans la partie orientale de la Margeride (canton de Saugues) et dans le Haut-Vivarais (Saint-Agrève) tourné géographiquement (et confessionnellement) vers le plateau du Lignon.

Difficile pour autant de tirer des conclusions définitives d’une telle étude, qui ne porte que sur un seul aspect qui devrait cependant faire saliver les pros du marketing. Elle peut aussi bien démontrer l’absence de cohérence au sein d’une région géographiquement et électoralement très contrastée, qu’une réelle homogénéité, un véritable équilibre entre Lyon et les autres pôles urbains. Ce qu’on ne retrouve pas dans une région très polarisée, comme Midi-Pyrénées, où les périphéries sont davantage attirées par les régions voisines.

Emmanuel SAINT-BONNET

 

La réforme territoriale ira-t-elle jusqu’au bout?

Présidée par le préfet du Rhône, la commission tenant les ciseaux du redécoupages des intercommunalités a rendu sa copie le 6 décembre. Les collectivités doivent maintenant se prononcer, et le préfet tranchera avant juin 2013. Entretemps, les élections auront eu lieu et la gauche n’a jamais caché son intention de faire un sort à la réforme territoriale, dont ces regroupement constituent la première pierre…

La préfecture du Rhône a publié le 6 décembre la carte issue des propositions de la CDCI (commission départementale de coopération intercommunale): PDF ci-joint.

Les collectivités doivent maintenant se prononcer sur cette proposition de redécoupage, qui fait passer les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) du département de 23 à 15.

Sans pour autant revenir sur les débats qui ont marqué les travaux de la CDCI, on peut remarquer que Quincieux rejoint la Courly (communauté urbaine de Lyon), qu’Amplepuis-Thizy fusionne avec le Haut-Beaujolais et la haute vallée de l’Azergues, mais qu’en revanche la communauté de communes du Pays de L’Arbresle reste inchangée. D’ailleurs, les ciseaux de la CDCI épargnent le flanc sud-ouest du département.

Le Beaujolais intercommunal nouveau est arrivé…

Le remodelage le plus marqué concerne les secteurs de Villefranche-sur-Saône et d’Anse. Ces villes se retrouvent au centre de deux ensembles, Beaujolais-Nizerand-Morgon – Beaujolais-Vauxonne, et Beaujolais-Val-d’Azergues -Monts-d’Or-Azergues – Beaujolais-Saône-Pierre-Dorée – Bois-d’Oingt. Le premier empiétant un peu sur le second, au niveau de Jarnioux et Liergues. Il récupère également la commune de Jassans-Riottier, située dans l’Ain.

L’objectif de la réforme est entre autres de boucler la carte de l’intercommunalité. En d’autres termes, faire adhérer les dernières communes « isolées » à un EPCI. C’était l’une des propositions, la N°4, de la commission Balladur, chargée en 2009 de réfléchir à une nouvelle gouvernance des collectivités locales.

Cette carte, et ses alter ego des autres départements, constitue le premier étage de la fusée de la réforme des collectivités locales.

Un super-élu qui surgit du fond de la réforme

Vous avez aimé les discussions sur le redécoupage des EPCI? Vous adorerez celles portant sur le remodelage des cantons. C’est la prochaine étape, et elle a fait pas mal ferrailler la représentation nationale, que ce soit à l’Assemblée ou au Sénat.

Rappelons que ce remodelage sera provoqué par la création du conseiller territorial, super-élu pouvant siéger à la fois au conseil général et au conseil régional. La loi du 16 décembre 2010, consolidée au 28 juillet 2011 (détails ici), prévoit leur attribution au prorata de la population de chaque département, avec un plancher de 18 élus, ce qui correspond à l’effectif actuel du conseil général du Territoire-de-Belfort.

Au delà de l’institutionnalisation du cumul des mandats, sur laquelle on peut légitimement s’interroger, cette mesure va faire grincer pas mal de dents. Cartes à l’appui.

Un nouveau carroyage des départements?

Nombres d'élus au conseil général après la réforme, par rapport à la situation actuelle (base 100). Source: Journal officiel

La carte ci-dessus compare le nombre de conseillers territoriaux, prévus par la loi, à celui des conseillers généraux actuels. Elle reflète le système que le gouvernement a voulu mettre en place: des circonscriptions électorales définies non plus de façon géographique, comme les cantons ruraux actuels, mais démographique. Si on va jusqu’au bout de cette logique, même la Loire, qui élira exactement le même nombre de conseillers qu’avant la réforme (notre base 100), devrait être redécoupée.

Rien n’est moins sûr, tant l’exercice s’annonce difficile et conflictuel. A côté, les arbitrages quelquefois douloureux sur les EPCI passeront pour d’aimables discussions. Il s’attirera inévitablement les critiques des élus des départements les moins peuplés, comme l’Ardèche, la Savoie, la Drôme et l’Ain, mais aussi de l’Isère. Abritant pourtant moins d’habitants, la Haute-Savoie gagne cinq élus, ce qui s’explique par la superficie importante de certains de ses cantons (Chamonix-Mont-Blanc, Thônes…). Exigu et densément peuplé, le Rhône gagne logiquement 14 sièges.

A la lecture de cette carte, on peut aussi soupçonner l’entourloupe partisane. D’autant plus que la distribution des sièges par département est une véritable coproduction gouvernement-UMP, comme le reconnaissaient François Fillon et Jean-François Copé en mai 2010 (Le Figaro). En effet, tous les départements ayant un conseil général à gauche voient leur représentativité abaissée.

Mais, si tripatouillage électoral il devait y avoir, il serait forcément limité, voire-même contrarié. La logique démographique (si elle est respectée) voudrait que les nouvelles circonscriptions soient taillées en zone urbaine. Souvent une aubaine pour la gauche, comme l’ont démontré une bonne partie des créations de cantons dans le Rhône sous la Ve République: Bron, Lyon XIII, Villeurbanne Nord et Sud en 1964, Meyzieu et Saint-Symphorien-d’Ozon en 1970, Rillieu-la-Pape en 1973, Oullins en 1976, Décines-Charpieu, Vénissieux Nord et Sud, et Villeurbanne-Centre en 1982, Saint-Fons en 1985, Lyon XIV en 2001. Le dernier exemple en date restant celui des Bouches-du-Rhône, sur lesquels la droite pensait, en vain, mettre la main en 2004 après le redécoupage des cantons de Marseille et d’Aubagne.

Bref, respecter l’esprit et la lettre de cette réforme, c’est imposer un nouveau carroyage des départements, un peu comme ce qui a été fait entre la Révolution et l’Empire.

Déménager ou pousser les murs?

Nombres d'élus au conseil régional après la réforme, par rapport à la situation actuelle (base 100). Source: Journal officiel

Cette seconde carte reprend le même principe que la première, cette fois par rapport au conseil régional. On est cette fois dans l’inflation, même si à peu près les mêmes disparités sont constatées.

Elle semble démontrer que la droite donne à la gauche la justification du déménagement, réputé coûteux, de l’assemblée régionale de Charbonnières-les-Bains à la presqu’île lyonnaise. Avec 299 conseillers territoriaux siégeant comme élus régionaux, contre actuellement 157 conseillers régionaux il aurait fallu pousser les murs…

L’argument des économies d’échelle en prend donc un sacré coup… en ces temps difficiles, ce n’est pas anodin.

Par ailleurs, ces effectifs démontrent que cette réforme affaiblit de fait les départements au profit des régions. Certes, les élus sont là pour représenter les électeurs, mais ils détiennent également une part de pouvoir exécutif, à travers les vice-présidences et les commissions. La nature ayant horreur du vide, ce différentiel d’effectifs sous-tendra des transferts de compétences. Il est également possible qu’ici et là cette inflation de sièges n’accouche d’armées mexicaines…

Vouloir renforcer les régions est un projet tout à fait respectable et viable, même au détriment des départements. Mais, les tensions entre départementalistes et régionalistes étant ce qu’elles sont, il a fallu arriver à cette cote mal taillée pour satisfaire les deux sensibilités…

L’édifice s’avère donc pas exempt de critiques. Il est surtout fragile. La création de métropoles, qu’il prévoit, pourrait par exemple, de fait, diviser le Rhône en deux parties: le Grand Lyon et le reste… La dentelle territoriale du Beaujolais, évoquée plus haut, ne pèserait alors pas lourd.

Mais le risque le plus sérieux demeure pour lui… la gauche. Le PS n’a jamais caché qu’il ferait un sort à la réforme territoriale s’il gagnait la présidentielle (et les législatives, ne l’oublions pas…) de 2012.

Reste à savoir, s’il tient promesse, s’il en fera table rase, la videra de sa substance ou l’amendera.

 

Emmanuel SAINT-BONNET

Faut-il supprimer l’élection présidentielle?

A cinq mois du premier tour, alors que l’offre électorale se met en place, la question est provocatrice. Pourtant, celle de l’Oedipe refoulé qu’entretient le peuple français avec ses Chefs de l’Etat depuis l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, reste posée…

Six ans après l’exécution de Louis XVI, la France se donnait un homme providentiel en Napoléon Bonaparte. Ce fut le début d’une longue série, pour le meilleur et pour le pire: Louis XVIII, Louis-Philippe, Louis-Napoléon Bonaparte, Clémenceau, Poincaré, Pétain, Mendes-France, de Gaulle… D’autres auraient bien aimé revêtir cet habit de lumière, comme le général Boulanger, Pierre Poujade ou Jean-Marie Le Pen…

Cette tendance a toujours existé, quel que soit le régime en place. A croire qu’après avoir tué le père, physiquement et psychologiquement, le 21 janvier 1793, les Français refoulaient sans cesse cet acte oedipien en se cherchant un père (ou une mère) de substitution.

Cela se manifeste surtout lors des déchirements nationaux, comme la perte de l’Alsace-Moselle, la défaite de 1940 ou la guerre d’Algérie.

Le régime actuel, la Ve République, né justement lors de ce dernier conflit, a même eu tendance à l’institutionnaliser, avec son élection présidentielle au suffrage universel direct, « rencontre entre un pays et un homme »…

Poser la question de la légitimité démocratique de ce scrutin s’avère risqué. Les taux de participation de 2007  (83,8 % des inscrits au premier tour, 84 % au second tour) semblent attester que les Français sont attachés à cette élection. Ce serait oublier un peu vite que, tout découlant de la présidentielle, il est normal que les citoyens s’investissent davantage dans ce rendez-vous électoral qui rythme la vie démocratique du pays.

Mais désigner une femme ou un homme pour en représenter 65 millions d’autres, est-ce encore totalement démocratique? Surtout avec de tels pouvoirs. Car contrairement à une idée répandue, le président de la République français détient davantage de prérogatives que celui des Etats-Unis d’Amérique, qui doit sans cesse composer avec la majorité au Congrès. Sans oublier que, si cette dernière peut déclencher une procédure de destitution à son encontre, il lui est en revanche impossible de la dissoudre.

En France, c’est le contraire, et le fameux article 16 sur les pleins pouvoirs en cas de crise (https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Article_16_de_la_Constitution_de_la_Cinqui%C3%A8me_R%C3%A9publique_fran%C3%A7aise), même atténué par la réforme constitutionnelle de 2008 (https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/R%C3%A9vision_constitutionnelle_du_23_juillet_2008), reste sujet à caution.

Certains détracteurs de la Ve République parlent même de « monarchie élective »… Ce qui fait dire à d’autres détracteurs, louchant vers certains de nos voisins européens, que l’idéal serait une monarchie parlementaire, avec un chef de la majorité, un chef de l’opposition et un arbitre au-dessus de la mêlée… La plupart oublient de préciser quelle famille tiendrait ce rôle, forcément dynastique: Capet, Capet de la maison d’Orléans, Bonaparte?…

Plus sérieusement, une solution réellement républicaine est envisageable. Au cours de l’Histoire de France, le président n’a pas toujours été omnipotent. Le problème de la IIIe, et surtout de la IVe République, n’était pas tant que celui-ci « inaugurait les chrysanthèmes » que les partis se décrédibilisaient et s’épuisaient dans des combinaisons électorales et politiciennes bien loin des préoccupations des citoyens. Une tambouille réchauffée par des modes de scrutin peinant à imposer une majorité stable.

Le Chef de l’Etat, s’il doit endosser le maillot d’arbitre, ne pourra le faire que si au moins une des chambres du Parlement, celle qui a le dernier mot, dégage une majorité, ou à défaut une coalition claire. Autre condition: si le chef du gouvernement détient l’essentiel des pouvoirs, par le truchement du suffrage universel, il ne peut entrer en concurrence avec un Chef de l’Etat légitimé par le même suffrage.

Sous la Ve République, cela s’est produit trois fois, lorsque François Mitterrand, puis Jacques Chirac, ont perdu leur majorité parlementaire et ont du composer avec un Premier ministre issu du camp opposé… Loin de constituer un contre-pouvoir, cette concurrence de légitimité instaure un exécutif conflictuel.

Un président arbitre de la Nation, garant de la Constitution, des valeurs de la République, véritable modérateur du débat public, détenant l’autorité sans le pouvoir, pourrait être élu par le Congrès, ou par un collège de grands électeurs, pour un mandat d’un an renouvelable cinq ou sept fois, mais sans discontinuité. Il (ou elle) serait choisi sur une liste d’anciens élus.

Mais comme tout bon patient en analyse, pour évacuer une bonne fois pour toutes son complexe d’Oedipe, le pays devra effectuer un important travail sur lui-même. A savoir réformer sa gouvernance de fond en comble: instiller une dose de majoritaire dans la proportionnelle (et non le contraire…), élire deux chambres au suffrage universel direct mais selon deux modes différents, mettre fin au cumul des mandats dans l’espace et le temps, instaurer des mécanismes de participation et de contrôle citoyens, réfléchir à un nouveau statut de l’élu…

Emmanuel SAINT-BONNET

 

Moins d’élus, certes, mais pour quelle représentativité?

Telle un monstre du Loch Ness du paysage politique français, la proposition de diminution du nombre d’élus refait surface. Le Progrès s’en est fait l’écho lors de ce long week-end du 11 novembre. Et, comme au dessus du célèbre lac écossais, les brumes, en l’occurrence ici celles de la crise budgétaire, pourraient favoriser sa réapparition.

Si la question devait s’imposer dans le débat de la prochaine présidentielle, l’argument financier risque fort de se placer sur le devant de la scène. Passer de 577 députés à « 250 ou 300″, comme le préconise le radical valoisien Yves Jégo, député (UMP) de Seine-et-Marne, aurait effectivement pour conséquence de baisser la « masse salariale » des parlementaires de la chambre basse.

Au risque de « trapper » un concept fondamental en démocratie: la représentation de la population. Le calcul s’avère tout aussi simple: supprimez un député sur deux, et les « survivants » représenteront deux fois plus de personnes, au risque de rendre les élus moins proches de leurs électeurs. Surtout si le système électoral actuel, basé sur des circonscriptions territoriales, est conservé. Les députés « laboureront » deux fois plus de terrain…

Les partisans de la diminution objecteront sans doute que 577 élus à l’Assemblée nationale, ça reste trop. C’est oublier que ce chiffre, qui peut effectivement paraître important, a déjà été dépassé dans le passé. Alors que le territoire français n’a jamais été autant peuplé qu’aujourd’hui.

A superficie équivalente, en ne comptant que les députés de la métropole (ils sont, pour la législature actuelle, 555), et en ne prenant en compte que les régimes à deux assemblées, le plafond a été crevé cinq fois sous la IIIe République, entre les élections de 1919 et 1936 (entre 568 et 610 députés).

Faut-il, pour autant, ne rien faire? Car la situation actuelle ne demeure pas exempte de d’inégalités.

Nombre d'habitants par député (source Journal officiel)

La carte ci-dessus matérialise le nombre moyen d’habitants par député dans chaque département de la région Rhône-Alpes. Basée sur les données du redécoupage Marleix, elle ne sera donc valable qu’à partir des législatives de 2012.

Premier constat à sa lecture: contrairement à une idée reçue, la distorsion entre villes et campagnes n’est pas l’apanage du Sénat. Dans le Rhône, département abritant le plus grand nombre d’habitants, les circonscriptions sont en moyenne près de 17 % plus peuplées que dans l’encore assez rurale Ardèche.

Mais le différentiel le plus important se trouve entre la Savoie (100 773 habitants par député) et la Loire (123 545), soit un écart de 22,6 %. Ce qui n’est pas anodin, c’est que la première a gagné un député, et la seconde en a perdu un à l’occasion du redécoupage.

Si ce dernier a effectivement amélioré la représentativité dans l’Ain, l’Isère, la Savoie et la Haute-Savoie, qui ont tous gagné un siège, il l’a réduite dans la Loire, alors que la population de ce département n’a pas diminué, mais plutôt stagné. Entre les deux recensements de référence de l’ancien et du nouveau découpage, 1982 et 2008, il a gagné très exactement 2555 âmes, après il est vrai un fort creux démographique entre 1990 et 1999 (Insee).

Dans le Rhône, et dans une moindre mesure la Drôme, un nouveau siège aurait donc été aussi bienvenu.

La faute en partie à la création de 13 nouveaux sièges, les 11 circonscriptions des Français de l’étranger et les deux réservées aux nouveaux TOM Saint-Martin et Saint-Barthélémy, sur le même contingent de 577. Donc, de facto, entre cette législature et la prochaine, le nombre de députés aura bel et bien baissé…

Au delà de cette boutade, il apparaît évident qu’une éventuelle diminution du nombre des députés devra s’accompagner d’une remise à plat du système actuel. L’une des alternatives pourrait être d’élire, dans chacune des régions, un député par tranche fixée par la loi de 120, 150 ou 200 000 habitants…

Cela supposerait d’ouvrir, à moins de six mois de la présidentielle, deux boîtes de Pandore: la fin des départements, et celle du scrutin majoritaire.